L’année de tous les dangers

Il y a tout juste un an, ce même éditorial avait pour titre «Tous les records battus». Les personnalités recensées par notre classement annuel des 300 plus riches avaient alors connu une année extraordinaire, leur fortune totale dépassait le PIB suisse. Le tableau est plus contrasté en 2008. Au total, les riches de notre liste ont perdu collectivement 70   milliards de francs. Une somme supérieure au plan de sauvetage d’UBS et un dommage dont personne ne profite.

«Quand le riche maigrit, le pauvre meurt», avait averti Confucius. Un trait d’esprit dont il faudra se souvenir après cette année extraordinaire en tous points, où le concept même de richesse s’est trouvé totalement ébranlé. Les fortunes se font et se défont à chaque crise, et celle-ci, comme les précédentes, mettra en œuvre le principe de destruction créatrice cher aux capitalistes. Reste que la bombe à neutrons qui a ravagé le système financier, détruisant l’infrastructure mais laissant vivants les humains, laissera à ces derniers le temps de méditer sur le sens du mot riche.

Qui est riche aujourd’hui?Quand les banques ont cru pouvoir gonfler leurs résultats sans risque, en se contentant de déplacer des paquets de dettes dans le système, celui-ci leur a rappelé non pas qu’il y a une morale à tout cela mais simplement une limite. Les riches ont atteint eux aussi, cette année, une limite, sans qu’elle soit bien claire encore. Il y a quelques mois, ceux qui se trouvaient assis sur des réserves pétrolières comme les monarchies du Golfe semblaient à l’abri. Le prix du brut, qui a été divisé par trois entre juillet et novembre, a montré que dans un contexte comme celui de ces derniers mois, aucune vérité n’est établie pour longtemps.

A ce titre, nos deux derniers classements avaient vu l’arrivée des patrons à forte rémunération. Pourtant, la pression sociale est telle qu’il apparaît difficilement tenable pour les sociétés de continuer à proposer des jumbo-salaires aux managers, aussi brillants soient-ils. Daniel Vasella, qui dirige Novartis et qui reste le patron le mieux payé du pays, défend sa position avec des arguments forts dans nos pages. C’est une véritable ironie pour ce dernier: il vient d’une famille modeste et s’était juré que l’argent ne serait pas un thème dans sa vie et qu’il se libérerait des contraintes matérielles. S’il a atteint le deuxième objectif, lui-même reconnaît que, pour le premier, il a échoué. Il passe sa vie à expliquer et justifier sa rémunération.

Car plus que jamais, l’argent reste un thème. Toutefois, on aurait tort de croire que c’en est fini des superrémunérations et de la richesse. Pour un temps, oui. Mais bientôt, l’économie repartira et, comme après 1929, naîtront de nouvelles fortunes, plus colossales encore que les précédentes.

Réparer le système

Il apparaît clair désormais qu’aucune alternative sérieuse au système d’économie de marchéne semble s’imposer. Après un mois d’octobre qui aurait pu mettre à terre le capitalisme, il apparaît qu’il n’y tout simplement pas d’autre voie. En Suisse comme ailleurs, les formations politiques d’opposition ou de contestation n’ont rien à proposer.

Parmi les leaders politiques, seuls s’en sortent les plus actifs et les plus à même de redessiner un nouveau système. Barack Obama certes mais aussi Gordon Brown et Nicolas Sarkozy sont les gagnants des dernières semaines car ils se portent à l’avant-scène et décident d’affronter les problèmes avec pragmatisme. Cela ne veut pas dire qu’ils ont à chaque fois raison mais dans des moments troublés, ces derniers démontrent une aptitude à prendre les choses en main.

Dans ce contexte, le sauvetage d’UBS en Suisse a démontré la capacité de la tête de la BNS et des cadres de l’administration fédérale des finances de proposer un plan de sauvetage audacieux qui, même s’il a des défauts, permettra d’éviter le pire. La politique, elle, est restée totalement en retrait.

Dans la frénésie d’initiatives déployées cet automnepour réparer le système dans le monde entier, il faudra des mois pour savoir ce qui a été bien vu et ce qui n’aura servi à rien ou pire encore ce qui n’aura fait qu’aggraver la situation. Les banques centrales ont pris des engagements qui font craindre la catastrophe en cas de nouveaux périls sur les marchés. La question se pose de savoir si la Suisse peut se payer un système bancaire qui dépasse de loin les capacités de soutien de la Banque nationale.

Personne ne se pose pourtant la même questionau niveau global, alors que le problème est le même, l’invention du levier à tous les étages de la finance fait qu’il n’y a plus de contre-valeur suffisante à opposer à un défaut majeur. Faut-il pour autant abandonner la voie de la financiarisation de l’économie? Ce n’est pas un mal mais simplement une étape de développement qui connaît une crise majeure aujourd’hui sans toutefois remettre en cause ce qu’elle peut apporter en termes de création de richesse.

La réponse est donc la suivante: gardons nos banques, faisons leur suivre le régime minceur nécessaire dans les activités à risque mais gardons des ambitions internationales dans un monde financier groggy mais où la concurrence ne va pas le rester longtemps. Tout en n’oubliant pas un des autres joyaux de la couronne suisse, les PME qui emploient la majorité des forces de travail.

Débats et action

Ils sont quatre et avancent avec conviction. Décidés, rien ne semble pouvoir les arrêter. Pierre Keller, Ruud Reuland, Patrick Aebischer et John Wells sont en page   48 de cette édition et ils démontrent que l’avenir appartient à ceux qui entreprennent. Les responsables de l’ECAL, de l’EHL, de l’EPFL et de l’IMD ont (ou va, pour John Wells qui débute son mandat) chacun à leur manière marqué leur institution. Des personnalités fortes, hors norme qui ont su batailler et s’afficher contre les idées reçues pour imposer une stratégie ambitieuse à leur institution.

C’est exactement ce qu’il nous faut pour sortir de cette crise. Des leaders qui prennent les choses en main et qui n’ont peur ni du débat d’idées, ni de l’action. Découvrez en page   40 notre interview de Philip Jennings. Le patron d’Uni, un des principaux syndicats mondiaux, tend la main à la communauté des affaires. Il faut, selon ce syndicaliste éclairé qui sait faire entendre sa voix à Davos, dans les pages du Financial Times ou sur CNBC, trouver une nouvelle définition du sens commun pour relancer l’économie sur des bases saines.

Si le retour au simple bon sens doit primer, il faut cependant se méfier des idées simplistes. Il faut discuter dans le détail nouvelles réglementations, parachutes dorés et autres nouvelles limites de la sphère des affaires. Et y réfléchir à deux fois. L’interview de Michel Girardin, en page   30, nous rappelle que certaines décisions prises sans recul, sous le coup de l’égalitarisme et contre les banques jugées pas assez généreuses, ont mené par un raccourci dont l’Histoire a le secret… à la crise des subprime.

La crise permet donc l’émergence de nouveaux acteurs et un bouillonnement intellectuel sans précédent. Lisez le face à face entre nos journalistes Laure Lugon Zugravu et Jean-Philippe Buchs qui répondent chacun à leur manière à cette question centrale dans le débat aujourd’hui: «Le capitalisme va-t-il s’engager vers de profondes réformes?» Près de 80   ans après 1929, leurs conclusions s’avèrent radicalement opposées.

La crise s’avère déjà multiforme. De financière, elle prend de plus en plus un tour économique. Certaines industries le sentent déjà plus que d’autres mais à n’en pas douter, ralentissement il y aura, récession peut-être aussi (page   19). Sommes-nous déjà en train de tuer 2009? Les entreprises qui bouclent ces jours-ci leurs budgets pour l’année prochaine ont la capacité d’inscrire aujourd’hui dans leurs livres de quoi sera fait demain. A vous les leaders de l’économie de prendre les choses en main.

Après l’hypercycle

2008 nous aura au moins appris une chose:rien n’est facilement prévisible. Certes, tout le monde vous dira, avec le recul, que cela ne pouvait pas durer et que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Pis, il y a ceux qui vous infligeront même qu’une crise vaut une bonne saignée qui ne peut que faire du bien.

Foutaises. Personne n’a envie de vivre une rupture, à moins que vous n’aimiez pas la vie d’avant. Qui a envie de voir l’économie s’affaiblir, le chômage croître, les tensions sociales augmenter et le luxe (re)devenir suspect? Un monde qui va bien est un monde qui a les moyens d’assumer sa part de futilité, de nécessaire très dispensable, de plaisir et d’hédonisme respectueux des valeurs humanistes. Sinon, à quoi bon?

Les plus pessimistes aujourd’hui se comptaient dans les rangs des béats d’hier. Détournez-vous-en. Nous avions annoncé en couverture de Bilan que la récession menaçait la Suisse dès le mois de janvier. Le scénario se confirme. Dans Montres par Bilan en avril, nous décelions que l’esthétique néo-rétro faisait son retour chez les horlogers qui eux, quoi qu’on en dise, se sont toujours souvenus que l’économie fonctionnait par cycle.

Car la crise qui vient va imposer un nouveau design aux produits de luxe et bien au-delà, à nos sociétés. Le retour aux fondamentaux a sonné. Nous avons célébré l’hypercroissance de ces dernières années «à la russe», avec tout ce que cela comporte d’outrance – notamment dans l’expression du luxe – nous apprécierons des joyaux un peu différents cet hiver, avec une prudence beaucoup plus Vieille Europe.

Les produits de l’industrie du luxe sont les reflets du moment et de ses icônes. Apparaissent encore ici et là des mégaartefacts, conçus en période haussière et livrés en ces moments de doute. Ils fonctionnent comme autant de marqueurs indubitables de la fin d’un cycle. Les modèles changent aussi.

Barack Obama, à sa manière, incarne ce nouveau cycle qui arrive. Le nouveau président américain porte toutes les valeurs qu’une maison de prestige voudrait signifier aujourd’hui: fiabilité dans la décontraction, charme, naturel, authenticité. Tout comme Nicolas Sarkozy incarnait parfaitement l’ère précédente… et des traits de personnalité diamétralement opposés (tendance à l’hyperactivité pas toujours suivie d’effet, à la «drague perpétuelle», au calcul et à la mécanique des émotions sur commande). Cette crise ne fera donc du bien à personne mais elle va changer les codes du luxe au profit des valeurs sûres. Souvenons-nous par exemple que Rolex a 100  ans cette année et que deux guerres mondiales n’ont pas fait vaciller sa couronne.

Leadership = prévoir

Il n’y a pas eu mort d’homme. Contrairement à 1929, aucun banquier ne s’est encore précipité par la fenêtre de son bureau à Wall Street. La semaine dernière, des manifestants défilaient pourtant sur la rue de la finance avec des pancartes où il était inscrit «Jump, fuckers». Pas de rouge sur le trottoir, mais le goût de sang est dans la bouche des simples électeurs.

Comment expliquer que des plans de sauvetagequi coûtent des centaines de milliards deviennent possibles alors que des sommes beaucoup moins importantes ont été refusées à la couverture sociale généralisée aux Etats-Unis ou, par exemple ici, à des augmentations de salaire plus conséquentes? Ce n’est certes pas si simple, mais l’activisme des milieux financiers pour se sauver d’abord eux-mêmes ne donne pas les meilleurs arguments pour expliquer à M. Tout-le-monde que la pièce de théâtre qui se joue le concerne au premier chef.

Pas de mort donc dans cette crise, mais qu’en sera-t-il de la prochaine?1929 a mené tout droit à la Seconde Guerre mondiale et l’éditorialiste du New York Times Paul Krugman rappelait récemment dans Bilan qu’un conflit peut surgir quand personne ne l’attend. C’est ce qui s’est passé en 1939-1945 après des années où le commerce battait son plein entre les Etats et que le libéralisme n’avait pas paru être arrivé à une phase plus aboutie dans l’histoire. Evidemment qu’il faut plus que jamais choisir les bons leaders dans un contexte où tout peut basculer, et l’éventualité que Sarah Palin dispose des codes nucléaires en cas de disparition d’un hypothétique John McCain président fait froid dans le dos.

La guerre reste heureusement hypothétique. Par contre, le réchauffement climatique est une réalité qui fait déjà sentir ses effets. La prochaine fois que vous verrez un «plan d’urgence» pour sauver un «monde au bord du gouffre», ce sera peut-être dans des circonstances beaucoup plus dramatiques que celles connues ces dernières semaines. La finance sous perfusion ne doit pas accaparer toutes les ressources nécessaires pour faire face à une catastrophe qui fera cette fois de vraies victimes.

Et c’est encore le leadership américain qui en impose. Dans le paquet de sauvetage des banques voté vendredi dernier, tout un chapitre de la loi sur l’énergie est passé sans trop faire de bruit. Cet arsenal de dispositions – qui favorise notamment le développement de l’énergie solaire – est susceptible d’inscrire le pays comme l’acteur majeur des clean tech, ces technologies qui préparent le monde à un avenir moins dépendant du pétrole. C’est le signe que par leur simple capacité à envisager l’avenir, les Etats-Unis conservent leur leadership.

Dîner de cons à Wall Street

Vous devez absolument lire l’article dans notre édition en kiosque actuellement en page 91, avant de dévorer tous les autres de cette édition bien sûr. Il vous apprendra ce que les dernières études en psychologie révèlent de notre attitude lors de grandes catastrophes. La plupart d’entre nous se fige quand des circonstances exceptionnelles surviennent. Un bateau coule et les passagers pensent à leurs proches restés à quai qu’ils ne verront plus au lieu d’organiser leur survie.

Cette paralysie terrasse aujourd’hui bien des victimes de la crise. Incapables de se prendre en main. S’en remettant à d’autres. John Thain, de Merrill Lynch, est entré dans un conclave pour discuter du sauvetage de son concurrent Lehman Brothers à bout de souffle. Au vu de l’état désespéré du patient, il a été décidé de le débrancher. Les participants se sont alors tournés vers notre brave John, lui ont trouvé une petite mine et l’ont gobé tout cru. C’est le dîner de cons, version Wall Street.

Une catastrophe ruine immédiatement la confiance en soi. C’est ce qu’il faut rétablir le plus rapidement possible. Avant de penser à rebrancher l’électricité, de recommencer à passer des ordres de trading ou d’organiser un grand feu de joie pour célébrer la mort du capitalisme.

Que se passera-t-il ensuite?Après la crise de la nouvelle économie, tout le monde voyait les sociétés Internet à terre: les acteurs du Web se sont pourtant rapidement imposés dans l’économie car ils remplissent un rôle. Qui pourrait imaginer que le chaos actuel signifie la fin des banques d’affaires et l’avènement d’un «service public bancaire»? Vous verrez, il y aura même encore de la titrisation qui permet de diffuser intelligemment les risques si elle ne vise pas la spéculation. Ce qui doit absolument disparaître? C’est la dictature des sciences dures dans le monde de l’économie.

Dans le cas de LTCM il y a dix ans, ce sont des matheux Prix Nobel d’économie qui avaient déjà fait éclater leur baudruche. Aujourd’hui, ce sont toujours et encore les mêmes modèles qui sont mis en cause. Pourquoi personne ne challenge-t-il cette vision de la finance? Pourquoi personne ne fait-il plus confiance au bon sens ni à la capacité des leaders de prendre les choses en main quand tout tourne mal? Chez Lehman Brothers, à l’annonce de la faillite de la compagnie lundi 15 septembre, les traders se sont précipités pour dépenser les 100 dollars chargés sur leur carte d’employé pour vider la cafétéria d’entreprise de tout ce qu’ils trouvaient. Et si nous organisions un grand dîner de cons pour départager ceux qui auront les poches pleines de sucreries à la prochaine catastrophe et ceux qui sauront guider le plus grand nombre vers les canots de sauvetage?

Un étrange sauveur

C’est la plus énorme destruction de richesse que l’humanité ait connue. En un an de crise financière, 17 000 milliards d’actifs sont partis en fumée à travers le monde. Ce volume qui dépasse l’entendement humain n’a pas fini de produire des effets dans tous les rouages de l’économie globalisée.

La semaine dernière fut une des pires de l’histoirepour les places boursières internationales. Le sauvetage ce week-end par le Gouvernement américain de Fannie Mae et Freddie Mac, les deux institutions qui détiennent à elles deux 40 % du marché hypothécaire américain, n’est que la dernière nationalisation du moment. Après que les autorités eurent ouvert toutes grandes les vannes des liquidités pour soutenir le système financier en faillite. Et que la Banque Bear Sterns a été purement et simplement prise en main par l’Etat ce printemps pour éviter un infarctus au système.

Les fonds souverains des nouveaux pays richesont déjà été sollicités. Ils ont colmaté les brèches aux Etats-Unis et en Europe; l’Asie, elle, n’a pas fait le dixième des bêtises occasionnées par les banques occidentales. Dix ans après la faillite du fonds LTCM, qui avait déjà remis en question la solidité du système, il est évident qu’aucune leçon n’a été apprise. Les petits génies des maths appliquées à la haute finance ont de beaux jours devant eux, pas toujours à l’avantage de la collectivité, qui doit intervenir comme prêteur de dernier recours pour sauver tout le monde.

L’économie réelle mondiale se porte encore relativement bien, mais pour combien de temps encore?La complexité des interactions à l’œuvre défie les économistes et prévisionnistes du monde entier. Quant aux politiques, ils semblent eux aussi dépassés. Si les campagnes électorales doivent permettre de lancer de nouvelles idées, celle qui se déroule aux Etats-Unis reste pauvre sur le terrain de l’économie. Obama ne dit pas comment il va financer son programme de soutien à la classe moyenne et McCain n’explique pas ce qui va maintenir à l’équilibre son budget s’il continue à offrir des rabais fiscaux comme George Bush.

Reste que la solution, comme d’habitude, viendra des Etats-Unis. Son leadership reste une donnée fondamentale malgré la montée en puissance de l’Asie et l’euro fort. Le consommateur américain, qui pèse pour deux tiers de la croissance de son pays, va décider de la suite. Cet Américain qui se bâfre et dépense sans conscience, une caricature que l’on aime détester en Europe, est pourtant notre sauveur. Un constat bien peu politiquement correct par les temps qui courent mais une réalité.

Pétrole, eau et liberté

Le transport aérien témoigne de temps difficiles. Depuis le début de l’année, vingt-cinq compagnies ont disparu, victimes du prix du kérosène qui a atteint des niveaux stratosphériques. Low-cost ou pas, compagnies basées ici ou n’importe où ailleurs, quand le carburant représente plus du tiers des coûts d’exploitation, il devient vital.

Ce secteur résume à lui tout seul la situation générale. Alors que le dollar perd totalement son rôle de repère et que la finance est aux abonnés absents pour alimenter la croissance par le crédit, ce sont les matières premières qui deviennent le centre de nos économies. Celles qui peuvent se substituer à l’argent, mais surtout celles que l’on consomme pour leurs qualités intrinsèques.

Le pétrole, carburant jusqu’ici de quasi toute activité humaine , se retrouve devenir la vraie valeur que tout le monde se dispute, tout comme les denrées de base d’ailleurs. On se croirait un peu dans les œuvres de science-fiction comme Dune avec l’Epice ou Mad Max avec ses hordes de barbares qui convoitaient déjà… le pétrole. Encourageant!

Les barbares, ce sont ici et maintenant les spéculateurs qui ont fait monter le cours du brut à des recordsavant de le délaisser quand leurs déconvenues les ont empêchés de tenir leurs propres positions. Ce sont aussi ceux qui font exploser les prix des denrées alimentaires (parfois les mêmes, mais aussi la politique internationale de développement) et ceux qui veulent transformer des céréales en biocarburant.

Les barbares génèrent une autre population: les illuminés de la «cause» dont les actions peuvent se révéler tout aussi radicales. Qu’est-ce qui a pris au conseiller national Jacques Neirynck de vouloir interdire l’eau en bouteille? Cette dernière est peut-être chère, on peut même se poser des questions sur son écologie propre, mais personne n’est encore obligé de se désaltérer par pack de six.

Une telle attitude pousse même à espérer que Nestlé ne se séparera jamais de ses eaux. Au vu desgaspillages colossaux d’eau potable auxquels des décisions politiques ont mené, rien ne dit qu’un industriel n’est pas mieux placé que n’importe qui d’autre pour en prendre soin. Quant à savoir si Nestlé est à même de respecter les libertés individuelles, le jugement de la justice vaudoise sur l’infiltration d’ATTAC donnera une réponse très attendue.

Flirter avec le désastre

Les accidents sont rarement accidentels. C’est ce qui ressort d’un livre passionnant actuellement en librairie. Le bien nommé Flirting with Disaster de Marc Gerstein, professeur de management, explique que les organisations n’apprennent pas des erreurs passées en ce qui concerne la prévention des catastrophes.

Le rail suisse se trouve aujourd’hui dans une situation de sécuritétrès proche de celle où se trouvait le transport aérien helvétique avant de connaître une série de crashs qui a coûté la vie à plus de 300 personnes. Le trafic entre Lausanne et Genève explose, les problèmes de sécurité se multiplient mais les procédures de contrôle qui permettraient de monitorer correctement l’évolution des incidents pour prévenir un éventuel grand accident ne sont pas mises en place.

Pire, la distinction entre l’autorité de surveillance en charge de la sécurité des chemins de fer, l’OFT (Office fédéral des transports), et les CFF n’est pas correctement assurée. Et si Flirting with Disaster nous apprend quelque chose, c’est que ce type de problème de gouvernance fut à l’origine de nombreuses catastrophes. A l’instar de l’inaction des autorités sanitaires américaines au sujet du très controversé médicament Vioxx qui se révélera fatal pour des milliers de personnes. Plus près de nous, Swissair connaissait justement ce type de proximité malsaine avec son régulateur avant que ne surviennent les quatre crashs qui détruiront la réputation suisse dans le domaine des transports.

En 2006 déjà, l’OCDE préconisait la mise en place d’un régulateur fort et indépendant du politique pour le rail. Ce qui a été fait dans le domaine des télécoms, de l’énergie, mais pas des chemins de fer. Pourquoi? Le marché des marchandises a été libéralisé, celui des voyageurs va suivre, avec potentiellement une augmentation du trafic au moment où le système de gouvernance actuel montre ses limites. Il y a lieu de s’inquiéter très sérieusement et des experts tirent la sonnette d’alarme.

Dans l’immédiat, un audit externe permettrait d’y voir plus clair. Dans le transport aérien, le Département fédéral des transports avait commandé cette étude APRÈS les crashs et décidé à la suite de celle-ci d’augmenter les effectifs de Skyguide de plusieurs dizaines de postes et de rendre le régulateur plus indépendant. Le même département serait bien inspiré cette fois-ci de commander un tel audit avant que ne survienne une catastrophe.

Femmes cadres: quid des quotas?

Etrange: le National a refusé d’imposer des quotas pour renforcer la présence des femmes dans les conseils d’aministration des sociétés liées la Confédération. La majorité de droite a estimé que le critère du sexe ne doit pas jouer de rôle dans ce cadre, nous dit aujourd’hui l’ATS.

L’initiative parlementaire de l’ex-députée Barbara Haering (PS/ZH) a été classée par 104 voix contre 68. Le texte voulait obliger les sociétés dont la Confédération est actionnaire à intégrer au moins 30% de femmes au sein de leur conseil d’administration.

Etrange car nous avions à l’époque lancé notre opération femme suite à cette interrogation qui naissait autour des quotas dans les entreprises publiques. Le National s’y refuse donc au moment où notre numéro 2008 sur les femmes qui font la Suisse romande se trouve toujours en kiosque. 

Les quotas, ce n’est pas un sujet simple. Reste qu’au rythme où vont les choses il n’y aura pas de femmes à la tête et aux conseils d’entreprises suisses en nombre avant très longtemps… Doris Leuthard qui indiquait dans nos pages il y a quelques semaines que l’Etat devait montrer l’exemple au privé dans le domaine de l’égalité d’accès au pouvoir se voit contredite.

Dommage, l’expérience doit être tentée. Nous présentons chaque année en juin 30 femmes qui ont le potentiel pour devenir des administratrices de premier plan, afin de montrer que les femmes compétentes existent en Suisse romande, même si elles sont souvent sous le radar des médias.

N’attendez pas les quotas, engagez des femmes compétentes et ne les cherchez plus, elles sont dans Bilan.